Portrait

Hamid El Abouti : « Le Guerrier »

01 Juil. 2014
PORTRAIT
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Maître Hamid El Abouti, né à Uccle en 1974 est un avocat qui ne laisse pas indifférent.

Après avoir débuté des études d'ingénieur commercial et puis d'interprète – traducteur, il s'est finalement dirigé vers le droit afin de connaître parfaitement les règles de la vie en société, considérant cette dernière comme un jeu …. Et pour gagner, il faut être le meilleur joueur …

Pourquoi le droit pénal ? Il répond, non sans humour : « Parce que dans le quartier où je vivais, lorsque je me faisais contrôler, la description : "un arabe avec une casquette " correspondait très souvent au signalement du suspect recherché, …. Et donc  je me retrouvais souvent au poste de police alors que j'étais juste sorti chercher le pain ».

Mais maître El Abouti, c’est aussi un des rares pénalistes qui se bat tant et plus pour les victimes et leurs droits. Il a été marqué par le fait d’avoir souvent dû littéralement porter des victimes jusqu’au bout de la procédure.  Par exemple, l’affaire du viol de Céline, violée et torturée atrocement en 2007, pour se « venger » de son compagnon. Il avait alors obtenu la condamnation des 7 violeurs devant la cour d’appel, leurs avocats demandant la relaxe de leurs clients.

Comme mentionné, Hamid El Abouti aime jouer avec les règles du jeu et tout le monde se rappelle de l’acquittement qu’il a obtenu pour un de ses clients accusé de conduite en état d’ivresse. Il avait alors « tout simplement » démontré que le nouveau « super-alcootest » des forces de police n’était pas homologué !

On le croisera aussi souvent dans les affaires de bandes urbaines (voir article « bandes urbaines : le procès du mal-être »). Durant la dernière cour d’assises, il avait obtenu l’acquittement de Lionel Mukobo Mavambo. Il lui est même arrivé de devoir défendre des clients membres de deux bandes opposées et de se retrouver avec des clients s’étant mutuellement causé des dommages.

Ses plaidoiries sont un vrai plaisir pour les yeux et les oreilles. Un peu Vergès, un peu Collard, très…El Abouti. Un « one-man-show » qui souvent ramène les jurés vers des situations de vie qu’ils connaissent et dans lesquelles ils peuvent s’identifier et le résultat est souvent surprenant : D’un côté de la barre des acquittements ou des peines bien plus légères que demandées par le ministère public mais du côté des parties civiles, des peines lourdes, très lourdes, comme récemment une condamnation à perpétuité pour assassinat alors que c’est le meurtre qui était demandé.

Depuis les récents évènements concernant des faits de terrorisme ayant touché la Belgique, il est impossible de ne pas lui demander son analyse de cette nouvelle forme de criminalité. En effet, il était l’avocat du principal accusé, Rachid Benomari , dirigeant d'organisation terroriste, dans le très médiatisé procès de 19 belges pour des faits de terrorisme (voir aussi article). Il déclare, et ça fait froid dans le dos : « tous ces jeunes ne sont que des « petits ». Ils souffrent du « mal-être de la 3e génération ». Ils ont besoin de retrouver une forme d’identité. Il y a aussi le problème du décrochage social (chômage, mutuelle, décrochage scolaire). Ces jeunes sont manipulés par les « gros ». Ce n’est pas, comme on le dit, la prison qui islamise les gens, pour eux c’est un « trip ». Avant on fumait un joint, aujourd’hui on va se battre en Syrie. Les jeunes recherchent les sensations fortes. Ceci dit si tu ne crois pas en Dieu en rentrant en prison, c’est tout ce qu’il te reste avec la rédemption,… »

Pour lui aussi, le jury populaire reste une très belle institution, car c’est le seul moment où l’on parle d’un être humain à d’autres êtres humains. Et ceci résume très bien maître Hamid El Abouti, car on aura compris au cours de cet entretien que bien plus que l’envie de jouer avec les règles du jeu, c’est l’être humain, ses forces et ses faiblesses qui animent cet avocat si particulier.

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